Ouvrez votre messagerie et comptez les newsletters liees a l'emploi qui s'y accumulent. Si vous cherchez depuis un mois ou deux, il y en a probablement entre dix et trente, et vous en lisez serieusement deux. Les autres partent aux archives sans etre ouvertes, ou pire, restent en gras dans la liste et vous donnent le sentiment d'etre en retard sur quelque chose que vous n'avez jamais choisi.
La solution n'est pas de mieux lire. C'est de moins s'abonner. Trois ou quatre titres que vous ouvrez vraiment valent mieux que vingt que vous survolez, parce que l'interet d'une newsletter dans une recherche d'emploi tient a une information precise reperee au bon moment - et on ne repere rien dans un flux qu'on a cesse de regarder.
Cet article explique comment choisir ces trois ou quatre titres, comment en tester un en deux numeros, et surtout quoi faire de ce que vous lisez.
Ce qu'une newsletter voit et qu'une alerte ne voit pas
Une alerte de jobboard repond a une question que vous avez deja posee. Vous avez tape un intitule, une ville, parfois une fourchette de salaire, et l'alerte rejoue cette requete indefiniment. Elle est efficace sur les postes qui ressemblent a ceux que vous aviez deja en tete, et aveugle sur tout le reste.
Une newsletter fonctionne dans l'autre sens. Quelqu'un qui lit beaucoup plus de marche que vous vous raconte ce qui a bouge. Une entreprise vient de boucler une levee de fonds. Un directeur de departement change de maison et va reconstruire une equipe autour de lui. Un groupe annonce l'ouverture d'un site en region. Rien de tout cela n'arrive sous forme d'annonce avant plusieurs semaines, et une partie n'arrivera jamais - c'est exactement le terrain du marche cache de l'emploi, ou les postes se pourvoient par cooptation et par conversation avant qu'une fiche de poste ne soit ecrite.
Le deuxieme avantage est la passivite. La lecture prend un quart d'heure et elle a lieu que vous soyez motive ce jour-la ou non. Sur une recherche qui dure cinq ou six mois - ce qui reste courant pour un poste de cadre - cette regularite compte plus que l'intensite. Reste que la newsletter n'est qu'un canal parmi d'autres, et il vaut mieux savoir ou se situent les autres avant de decider du poids a lui donner.
Les cinq categories qui meritent une place
Ne choisissez pas par notoriete. Choisissez un titre par fonction, et laissez tomber le reste.
L'actualite de votre secteur. La publication que lisent les gens deja en poste dans votre domaine. Pas du contenu carriere : de la vraie couverture de branche - qui rachete qui, quels produits sortent, quels budgets sont geles. Vous la lisez pour parler la langue du secteur en entretien et pour reperer les entreprises en expansion. Les meilleures sur un creneau precis sont souvent tenues par un praticien seul plutot que par un groupe de presse, et elles sont plus concretes pour cette raison.
Les suivis de recrutements et de restructurations. Ils agregent les deux types d'annonces. En France, les plans sociaux et les ruptures conventionnelles collectives sont annonces publiquement et commentes : ce n'est pas seulement une mauvaise nouvelle pour vous. Cela vous dit quelles equipes viennent de perdre du monde, quels concurrents vont recuperer les clients, et lequel de vos contacts est desormais disponible pour un echange. Les annonces d'ouverture de postes, elles, vous disent ou des budgets ont ete valides. Un seul suivi suffit, ils se recoupent enormement.
Les newsletters de metier. Ecrites pour les gens qui font votre travail, sur la maniere de mieux le faire. Une lettre produit qui decortique des interfaces, une lettre d'operations qui detaille une refonte de processus. Elles ne servent a rien pour la detection d'opportunites et beaucoup pour l'entretien. Quand un recruteur vous demande comment vous aborderiez un probleme, la reponse sort plus nette si vous lisez depuis trois mois d'autres professionnels traiter des cas voisins.
Les lettres regionales. Si vous etes tenu par une metropole ou un bassin d'emploi, une lettre economique locale vaut plus qu'une lettre nationale. Les employeurs cites sont accessibles, et la presse economique regionale couvre les ETI et les PME de 50 a 500 personnes qui n'apparaissent jamais dans la presse nationale. Ce sont aussi les lettres les plus souvent editees par une chambre de commerce, un pole de competitivite, une agence de developpement economique ou une association professionnelle plutot que par un media.
Les digests d'entreprises ciblees. La categorie la plus etroite et la plus rentable. Constituez une liste de quinze a vingt-cinq employeurs pour lesquels vous diriez oui sans hesiter, et faites-vous livrer leurs ouvertures au lieu d'aller verifier a la main. Certaines entreprises le proposent depuis leur page carriere. Sinon, la plupart des grands jobboards permettent d'enregistrer une recherche limitee a un employeur sous forme d'alerte, ce qui revient au meme. C'est aussi la que les jobboards specialises par secteur justifient leur place, beaucoup publiant une synthese hebdomadaire de tout ce qu'ils ont mis en ligne.
Quatre emplacements, c'est en general le bon format. Un secteur, un suivi de mouvements, un metier, et un quatrieme qui sera regional ou cible entreprises selon le degre de contrainte geographique de votre recherche.
Juger un titre en deux numeros
Nul besoin d'un mois pour evaluer une newsletter. Deux numeros suffisent si vous savez quoi regarder.
Apres le premier, posez une question brutale : est-ce qu'une seule ligne m'a donne envie d'agir ? Pas "est-ce que c'etait interessant" - l'interessant ne coute rien. Est-ce que cela vous a donne envie de chercher une entreprise, d'ecrire a quelqu'un, ou de reformuler une reponse que vous prepariez ? Si non, c'est deja un indice.
Au deuxieme numero, verifiez trois choses. La part d'original par rapport aux liens deja vus ailleurs. Le fait que des entreprises et des personnes soient nommees, plutot qu'un discours qui reste au niveau du conseil. Et si l'auteur travaille visiblement dans le domaine, ou s'il produit du contenu carriere en volume pour un public indifferencie.
Ce dernier point est le filtre le plus efficace. Le conseil generaliste ecrit pour tous les secteurs a la fois n'apporte quasiment rien, parce que la vraie reponse a la plupart des questions depend entierement de la branche. Une lettre qui vous dit d'adapter votre CV ne vous dit rien. Une lettre qui vous dit que dans tel type de cabinet, le lecteur saute directement a la rubrique formations, vous apprend quelque chose.
Si les deux numeros echouent au test, desabonnez-vous le jour meme. Ne gardez pas pour plus tard.
Le dispositif qui evite la noyade
Trois mecaniques, toutes ennuyeuses, toutes necessaires.
Separez le flux de votre messagerie principale. Soit vous creez une adresse dediee aux abonnements de recherche d'emploi, soit vous posez une regle qui etiquette chaque lettre a son arrivee et la sort de la boite de reception. Le principe : une newsletter ne doit jamais entrer en concurrence avec la reponse d'un recruteur. La boite principale reste pour la correspondance ; les abonnements s'accumulent ailleurs jusqu'a ce que vous alliez les chercher.
Bloquez un creneau de lecture. Vingt minutes, deux fois par semaine, a heure fixe. Choisissez un moment que vous tiendrez vraiment - pour beaucoup c'est le premier geste de la journee, avant que le telephone ne sonne, mais si votre attention est meilleure le soir, prenez ce creneau-la. Ce qui compte, c'est que la lecture soit une chose que vous allez faire, pas une chose qui vous interrompt neuf fois par jour.
Appliquez la regle des trois echecs. Chaque fois que vous ouvrez un numero sans en tirer la moindre action, mettez une croix. Trois croix, l'abonnement saute. Gardez le compte quelque part de visible, une ligne dans votre tableau de suivi de candidatures fait l'affaire. Sans regle, les abonnements ne font que s'accumuler, parce que se desabonner donne l'impression de renoncer a une source qui pourrait servir un jour. La regle supprime la decision.
Transformer une lecture en action
Une newsletter que vous lisez sans rien en faire est un divertissement. Tout le rendement vient d'un petit nombre de gestes effectues dans les deux jours.
Devant une annonce de levee de fonds, la fenetre est courte. Une entreprise qui vient de lever va recruter, et les postes ne seront publies que quatre a huit semaines plus tard. Cet ecart est votre marge. Identifiez la personne qui porterait votre fonction, et envoyez-lui trois ou quatre phrases qui citent la levee explicitement et disent ce que vous savez faire. Pas de CV en piece jointe. Pas de demande de rendez-vous. Un message auquel il est facile de repondre "on ouvre justement quelque chose".
Un directeur qui change d'entreprise, c'est le meme indice un cran plus bas. Les gens reconstruisent une equipe autour d'eux et recrutent d'abord dans leur reseau. Si vous avez le moindre point commun avec lui, c'est le moment de reprendre contact.
Un plan social chez un concurrent produit deux effets. Les equipes qui restent sur ce marche vont absorber le travail, et un groupe de professionnels se retrouve en recherche avec une connaissance precise de qui recrute reellement. Les deux meritent un echange.
Si la prise de contact a froid vous fait fermer l'ordinateur, le volume ici reste tenable : quatre ou cinq messages par mois, chacun avec une raison concrete d'exister. Cela n'a rien a voir avec un cocktail professionnel, et la methode qui convient aux profils qui detestent les soirees networking s'applique directement.
Quand se desabonner
Coupez ce qui a produit trois lectures vides. Coupez ce qui recycle les memes cinq conseils en rotation. Coupez ce dont vous aviez deja vu tous les liens ailleurs dans la semaine : le titre agrege, et l'agregateur c'est vous maintenant.
Et coupez tout la semaine ou vous signez, sauf les titres que vous liriez de toute maniere parce qu'ils vous rendent meilleur dans votre metier. Cette distinction-la dit retrospectivement quels abonnements valaient quelque chose.
La newsletter est un canal de detection, pas une strategie. Elle fonctionne a cote des jobboards utilises avec methode plutot que par reflexe et des outils qui absorbent les taches repetitives. Son role est de poser une information utile devant vous chaque semaine. Quatre bons titres y arrivent. Vingt, non.