Préparation aux entretiens · 7 min read

Dans quelle culture vous epanouissez-vous ? La bonne reponse

"Dans quelle culture d'entreprise vous epanouissez-vous ?" La question tombe souvent en fin d'entretien, sur un ton detendu, et la plupart des candidats la traitent comme une formalite sympathique. C'est une erreur de lecture. Ce que le recruteur evalue a cet instant, c'est le risque que vous partiez avant la fin de votre premiere annee.

C'est ce qui rend la reponse flatteuse si couteuse, celle que l'on deduit de la page "Nos valeurs" du site. Elle vous fait gagner deux minutes de confort dans la salle et vous coute une information dont vous auriez eu besoin.

Le recruteur evalue un risque de depart, pas une personnalite

Un recrutement rate se paie cher et pas seulement en euros. En France, la periode d'essai d'un cadre est de quatre mois renouvelables une fois, ce qui donne a l'entreprise une fenetre pour se retracter, mais une rupture pendant cette fenetre veut dire relancer le processus, remobiliser les equipes et refaire l'integration depuis zero. Le manager qui vous pose la question a deja vecu ca.

Il cherche donc deux choses. D'abord votre lucidite sur vous-meme. Etes-vous capable de decrire les conditions dans lesquelles vous produisez du bon travail, sans attendre qu'un manager vous les designe ? Les candidats qui savent le faire sont plus simples a piloter, parce qu'ils disent ce dont ils ont besoin avant que ca ne devienne un sujet.

Ensuite l'ecart. Si vous decrivez un fonctionnement au quotidien qui n'a rien a voir avec le sien, il le sait, et vous aussi. Un bon recruteur va creuser au lieu de vous ecarter en silence. Un recruteur moyen passera a la question suivante. Dans les deux cas l'information existe maintenant, et pas dans huit mois.

Vous aurez aussi votre tour pour interroger l'entreprise sur sa culture, et c'est un exercice a part, avec ses propres regles. Ici, on parle de la moitie de la conversation dans laquelle c'est vous qui repondez.

La question filtre dans les deux sens. Votre propre reponse est un test sur le poste autant qu'un test sur vous.

"Je m'adapte a tout" : la pire reponse possible

C'est la plus frequente et elle echoue sur tous les plans. Premier probleme, elle ne repond a rien. On vous demande vos conditions de travail et vous annoncez que vous n'avez pas d'avis. Ce n'est pas de la souplesse, c'est lu comme une absence de recul sur soi ou comme la peur de dire quelque chose qui pourrait deplaire.

Deuxieme probleme, sous-estime celui-la : tout le monde la sort. Quand un recruteur entend "je suis quelqu'un de tres adaptable" quatre fois dans la matinee, la phrase n'a plus aucune valeur informative. Vous avez depense votre seule question ouverte pour dire strictement ce que disent les autres.

Et c'est rarement vrai. Quelqu'un qui a besoin d'un retour rapide sur son travail souffre dans une structure dans laquelle le manager fait un point tous les trois mois. Quelqu'un qui pense en blocs longs souffre dans une culture de la reponse immediate. Le nier ne change rien au fait, ca repousse simplement la decouverte a l'apres-signature.

Raisonnez en conditions concretes, pas en adjectifs

"Bienveillant", "collaboratif", "dynamique" ne sont pas des reponses. Ces mots designent cinq realites differentes dans cinq entreprises differentes, et le recruteur le sait, ce qui explique la relance systematique juste apres.

Cherchez plutot vos conditions reelles. Quelques axes qui produisent de vraies reponses :

  • La frequence des retours. Voulez-vous une reaction dans la journee, ou preferez-vous travailler trois semaines au calme et revenir avec quelque chose d'abouti ?
  • Autonomie ou cadre. Etes-vous meilleur avec un brief precis et un responsable identifie, ou avec un probleme flou et la liberte d'en definir le perimetre ? Aucune des deux reponses n'est la reponse courageuse.
  • Le mode de decision. Voulez-vous une decision ecrite et relisible, ou un arbitrage verbal rendu en reunion ? Une culture du consensus et une culture du decideur unique ne se vivent pas du tout pareil.
  • Le rythme et les interruptions. Certains donnent le meilleur d'eux-memes sous contrainte de livraison. D'autres ne produisent bien que quand rien ne brule.
  • Le traitement du desaccord. Cet axe predit la satisfaction mieux que presque tous les autres. Voulez-vous une equipe dans laquelle on se contredit ouvertement en reunion, ou une equipe dans laquelle les tensions se reglent en amont, en tete-a-tete ?
  • La distance au resultat. Avez-vous besoin de voir le client ou le chiffre que votre travail a bouge, ou etes-vous a l'aise plus en amont ?

Retenez-en deux ou trois qui comptent vraiment pour vous et construisez la reponse dessus. La precision est tout l'interet de l'exercice. C'est aussi ce qui rend la reponse impossible a inventer, et donc credible.

Formuler une preference sans accabler votre ancien employeur

Le piege est reel. Le reflexe, pour expliquer ce qu'on veut, consiste a decrire ce qu'on n'avait pas, et la reponse se transforme en proces de la boite precedente. Le recruteur entend alors un avant-gout de ce que vous direz de lui.

La parade : formulez la preference comme une condition positive, avec une raison factuelle derriere. Pas "mon manager ne me faisait jamais de retour" mais "je travaille mieux quand on reagit tot a une premiere version, parce que je prefere reecrire au deuxieme jour plutot qu'au vingtieme".

Deux regles qui gardent le propos propre. Decrivez le systeme, pas la personne : "les decisions se prenaient a l'oral et je passais beaucoup de temps a reconstituer le pourquoi" est neutre, "mon ancien chef n'ecrivait jamais rien" ne l'est pas, alors que les deux racontent la meme journee. Et ne pretendez pas non plus que tout allait bien. Le candidat qui affirme que son poste precedent etait parfait et qu'il voulait juste "un nouveau defi" esquive lui aussi, et ca s'entend.

Trois reponses de formes differentes

La reponse autonomie. "Je fonctionne bien quand on me confie un probleme plutot qu'une liste de taches, avec un point toutes les deux semaines plutot que tous les jours. Dans mon poste actuel on m'a confie le taux d'abandon a l'inscription sans methode imposee, et c'est la que j'ai fait mon meilleur travail. En echange, j'ai besoin qu'on me dise ce qui compte comme reussite, sinon j'ai tendance a sur-construire."

La reponse cadre. "Je suis meilleur avec un perimetre defini et quelqu'un qui tranche. J'aime connaitre la limite exacte de ce que je peux trancher seul. Dans mon dernier poste, c'etait un point de planification hebdomadaire et un brief ecrit par projet, ce qui me permettait d'avancer vite sur ma partie sans demander l'autorisation a chaque etape. Les organisations dans lesquelles tout est renegociable en permanence me ralentissent."

La reponse taille d'entreprise. "J'ai travaille dans une equipe de quinze personnes et dans un groupe de quatre mille. J'etais meilleur dans la petite structure, mais pas pour la raison qu'on imagine. Ce n'etait pas l'ambiance. C'etait que je voyais l'effet de mon travail sur le chiffre en une semaine. Je prefere un grand groupe qui garde ce lien court a une startup qui ne l'a pas."

Regardez ce que font ces trois reponses. Chacune nomme une condition, donne un fait concret qui prouve qu'elle est vraie, et reconnait une contrepartie. C'est la contrepartie assumee qui rend le reste credible.

Quand la reponse honnete fait tomber l'offre

Personne ne le dit franchement. Si vous annoncez a une equipe qui vit sur la reactivite permanente que vous avez besoin de plages longues sans interruption, vous ne decrocherez peut-etre pas le poste. Ce n'est pas un entretien rate. C'est le processus qui fait exactement son travail.

L'alternative coute plus cher. Vous jouez la culture que vous croyez qu'on attend, vous obtenez l'offre, vous demissionnez au bout de neuf mois, et vous trainez un passage court a justifier sur votre CV pendant cinq ans.

Voici donc la preparation utile. Avant l'entretien, notez les deux derniers moments pendant lesquels vous avez produit un travail dont vous etiez fier, et en face de chacune, ecrivez les conditions qui etaient reunies ce jour-la. Pas votre ressenti : les faits. La frequence des retours de votre manager, qui tranchait, le niveau de pression sur la date, le nombre d'interruptions. Ce que ces deux situations ont en commun, c'est votre reponse, et elle vient de votre parcours plutot que d'un adjectif emprunte. Si vous reprenez votre CV en meme temps, un outil comme Postulit recupere la matiere brute depuis votre profil LinkedIn, ce qui evite de reecrire de memoire. Puis, dans la salle, dites la vraie chose et observez ce que le recruteur en fait. Sa reaction vous renseigne autant que la votre le renseigne.

Essayez Postulit

Adaptez votre CV en 30 secondes.

Créer mon CV — gratuit
◆ The Postulit Brief

Restons connectés!

Reçois les derniers articles directement dans ta boîte mail

No spam · Unsubscribe anytime