Un licenciement economique et un licenciement pour motif personnel se ressemblent sur un CV, mais ils n'appellent pas du tout la lettre qu'on imagine. Dans le premier cas, c'est le poste qui disparait et le recruteur le lit avec une certaine bienveillance. Dans le second, c'est vous qui etes en cause, et le lecteur se pose une seule question : est-ce que cela va se reproduire ? Cet article traite uniquement de cette deuxieme lettre.
Commencer par nommer correctement la situation
Avant d'ecrire une ligne, il faut savoir de quoi l'on parle, parce que les mots comptent et que les recruteurs les connaissent. Un licenciement pour faute simple, un licenciement pour faute grave et un licenciement pour insuffisance professionnelle racontent des histoires differentes. L'insuffisance professionnelle, par exemple, n'est pas une faute au sens juridique : elle dit que le poste ne correspondait pas, pas que vous avez commis un manquement.
Beaucoup de fins de contrat difficiles se reglent aussi par une rupture conventionnelle. Si c'est votre cas, vous n'avez pas fait l'objet d'un licenciement, et il n'y a aucune raison de le presenter comme tel dans une candidature. L'inverse vaut aussi : un licenciement ne devient pas une rupture conventionnelle parce que cela sonne mieux.
Les qualifications exactes et leurs consequences dependent du droit du travail, de votre contrat et parfois d'une procedure encore en cours. Si vous avez un doute sur la nature de votre depart, ou si une affaire est pendante devant les prud'hommes, demandez conseil a un avocat ou a un syndicat avant d'ecrire quoi que ce soit a ce sujet.
Par defaut, la lettre n'est pas le lieu de l'explication
Le reflexe de beaucoup de candidats apres un licenciement pour faute, c'est de vouloir tout expliquer en ouverture. C'est presque toujours une erreur. La lettre de motivation sert a obtenir un entretien, rien de plus. Un paragraphe sur votre licenciement offre au recruteur un motif simple pour arreter sa lecture avant d'arriver a ce qui compte : votre adequation au poste.
L'entretien est le bon moment. Vous y entendez la question exacte, vous voyez la reaction de votre interlocuteur, et le ton de votre voix montre que vous avez pris du recul. Sur le papier, ces phrases n'ont ni contexte ni intonation, et elles passent souvent pour une justification ou pour un drame.
Se taire dans la lettre n'a rien de malhonnete. Une lettre de motivation n'est pas un inventaire exhaustif de carriere. Vous choisissez ce que vous mettez en avant, comme tous les candidats.
La lettre obtient l'entretien, l'entretien porte l'explication. Melanger les deux fait souvent perdre l'entretien.
Les rares cas dans lesquels il vaut mieux en parler
Il existe quelques situations dans lesquelles une phrase courte et posee fonctionne mieux que le silence. Elles ont un point commun : le lecteur sait deja, ou va savoir avant que vous ayez l'occasion de parler.
- Le recruteur est au courant. Vous avez une cooptation et la personne qui vous recommande l'a dit, ou le cabinet en a fait etat au telephone. Faire comme si de rien n'etait donne une impression d'esquive.
- Votre secteur est etroit. Dans un milieu dans lequel tout le monde se connait, l'information circule vite. Une phrase de votre part pose le cadre ; le silence laisse la rumeur le poser a votre place.
- Le poste est chez un concurrent direct. Anciens collegues, clients communs, reseaux professionnels : partez du principe qu'ils vont l'apprendre.
- Le formulaire en ligne pose deja la question. Si le formulaire contient deja votre motif de depart, la lettre ne doit pas le contredire ni l'ignorer de maniere visible.
En dehors de ces cas, la regle par defaut s'applique. Un licenciement que personne ne connait dans le processus se traite en entretien, si le sujet vient sur la table.
Ne pas mentir par omission
Ne pas mentionner votre licenciement, c'est acceptable. Ecrire quelque chose qu'une prise de references va contredire, cela ne l'est pas. La frontiere est simple : n'affirmez jamais, et ne laissez jamais entendre, un motif de depart inexact.
Les erreurs les plus frequentes sont petites, et ce sont elles qui coutent cher :
- Ecrire que vous avez "choisi de relever de nouveaux defis" alors que la decision ne venait pas de vous.
- Laisser croire que vous etes toujours en poste alors que votre contrat a pris fin.
- Parler de reorganisation ou de licenciement economique pour un licenciement pour motif personnel. C'est l'erreur qui ressort le plus facilement.
Pour les documents, le certificat de travail que l'employeur doit vous remettre indique en principe les dates et les fonctions exercees, sans mentionner le motif de la rupture. L'attestation destinee a France Travail, elle, contient en general ce motif, mais c'est un document administratif et non une piece que l'on joint a une candidature. Ce qu'un ancien employeur dit au telephone, en revanche, varie beaucoup d'une entreprise a l'autre. En France, la prise de references se fait en principe avec votre information, et vous pouvez orienter le recruteur vers un ancien responsable avec qui la relation est restee bonne.
Le test pratique : relisez chaque phrase de votre lettre comme si votre ancien manager la lisait. S'il pouvait dire "ce n'est pas vrai" sur une seule d'entre elles, reecrivez-la.
Une phrase honnete, pas une confession
Si vous decidez d'en parler, visez une phrase, deux au maximum. Elle enonce le fait sans emphase, montre que vous en assumez votre part, et se tourne vers ce qui change aujourd'hui. Elle ne refait pas le proces.
Voici la forme qui fonctionne :
"Mon dernier poste s'est conclu par un licenciement en mars. Cette periode m'a conduit a revoir ma maniere de gerer des priorites concurrentes, et les missions de gestion de comptes decrites ci-dessous en portent la trace."
Et voici une confession, avec ce qu'elle vous coute :
"J'ai fait l'objet d'un licenciement a la suite de plusieurs desaccords avec ma responsable, dont je reconnais en partie la responsabilite, bien que la situation soit complexe et que chacun ait sa part de torts, ce que je serais heureux de vous expliquer."
La seconde version est plus longue, plus floue, plus chargee en emotion. Elle attire les questions sur le conflit plutot que sur vos competences, et elle laisse deviner une longue histoire que vous brulez de raconter. C'est precisement la conversation a garder pour l'entretien, si elle doit avoir lieu.
Quelques reperes pour cette phrase :
- Nommez sans detour. "Licenciement" ou "fin de contrat a l'initiative de l'employeur" conviennent. Un euphemisme qui laisse croire a un licenciement economique, non.
- Ne mettez personne en cause. Ni votre ancien manager, ni l'entreprise. Par ecrit, cela se retourne contre vous.
- Ne detaillez pas le motif. Faute simple, faute grave : le recruteur posera la question s'il veut le savoir.
- Terminez sur le present. La phrase doit finir sur ce que vous faites maintenant, pas sur l'evenement.
Sur quoi construire la lettre a la place
La meilleure lettre de motivation apres un licenciement est, sur l'essentiel de sa longueur, simplement une bonne lettre de motivation. Son energie va au poste a pourvoir, et le licenciement, qu'il figure ou non dans la lettre, y occupe tres peu de place.
Partez de l'adequation. Retenez deux exigences de l'annonce qui comptent vraiment et apportez des preuves chiffrees, tirees de toute votre carriere et pas seulement du dernier poste. Si ce dernier poste est court ou a mal fini, appuyez-vous sur les experiences precedentes.
Montrez la suite. Si une periode sans emploi s'est ouverte, une formation, une mission en freelance ou un engagement associatif montrent une dynamique.
Alignez-vous sur votre CV. Si vous generez votre CV depuis LinkedIn avec un outil comme Postulit, verifiez que la date de fin et l'intitule du dernier poste correspondent a ce que vous ecrivez dans la lettre : un decalage entre documents fait partie des details qu'un lecteur attentif repere.
Concluez sur l'entretien, sur un ton identique a celui de n'importe quelle autre candidature. Une fin assuree montre que vous ne postulez pas en vous excusant.
Avant d'envoyer
- Verifiez si vous entrez dans l'un des cas particuliers. Sinon, laissez le licenciement hors de la lettre.
- Si oui, ecrivez une phrase qui le nomme, l'assume sobrement et regarde vers l'avant. Coupez tout ce qui depasse deux phrases.
- Relisez chaque ligne avec les yeux de votre ancien manager et retirez tout ce qu'il qualifierait d'inexact.
- Controlez la concordance des dates avec le certificat de travail, le CV et LinkedIn.
- Preparez une version orale de trente secondes pour l'entretien, car c'est en entretien que la vraie question arrive.
Un licenciement n'a rien d'exceptionnel, et les recruteurs lisent regulierement des candidatures de personnes dans votre situation. Ce qu'ils retiennent, c'est un candidat honnete et attentif au poste a pourvoir. Ecrivez la lettre qui montre cela, et gardez le recit pour l'entretien.